Contribution Thématique

LA GAUCHE NE DOIT PLUS ABANDONNER LA LAÏCITE !

Contribution thématique au congrès de Poitiers du Parti socialiste.

La laïcité est en danger dans notre pays. Nous devons assumer de le dire aussi clairement. Parce que nous sommes socialistes, nous sommes universalistes, féministes et laïques, Au nom de ces valeurs, qui nous rassemblent par delà nos sensibilités, nous voulons lancer un message d’alarme.

Des terroristes intégristes tuent des journalistes au nom du blasphème et des citoyens parce qu’ils sont juifs. Le racisme a désormais table ouverte dans le débat public, et les discriminations quotidiennes forment un cercle vicieux avec le communautarisme qui contamine nos ghettos urbains, sociaux et scolaires. On a vu, en France, un siècle après la loi de 1905, des religieux au premier rang de manifestations contre les droits des femmes et des homosexuels. On voit chaque jour grandir sur les réseaux sociaux qui ne sont que le reflet de notre société, le conspirationnisme et une contre-culture anti-républicaine.

Comment en est-on arrivé là ? Les problèmes sociaux, le contexte international et les conflits dans le monde arabo-musulman, ou tout simplement l’affirmation des croyances personnelles sont des explications qui méritent d’être analysées. Mais rien ne justifie jamais la violence, l’obscurantisme et l’intolérance. Nul ne peut prétendre sérieusement combattre l’injustice sociale par le meurtre du policier Ahmed Merabet ou du soldat Imad Ibn Ziaten. Il est honteux d’usurper le malheur des enfants de Gaza ou de Syrie pour justifier l’assassinat ignoble d’enfants français dans une école juive. Aucune intime conviction n’autorise à comparer les centres IVG à des camps de la mort ou à refuser, au nom du sacré, le mariage civil aux homosexuels. Face à ces comportements, la réponse de la République doit être d’une fermeté totale.

Le temps des diagnostics est dépassé, la maladie est connue. La République est minée par le désenchantement d’une partie des citoyens, exploité par ce que l’historien israélien Zeev Sternhell appelle les « anti-Lumières » : cette alliance objective d’extrémistes politiques, de fondamentalistes religieux, de marchands de haine, liés par leur commune détestation des valeurs de progrès et d’émancipation.

La gauche n’est pas exempte de responsabilités. Trop souvent, faute de garantir l’égalité républicaine, elle a cédé à la tentation différentialiste : faute d’offrir à chaque citoyen l’accès à l’Ecole, au logement, à l’emploi, à la vie politique, elle a laissé chacun se replier sur sa communauté d’origine, sur son quartier, sa religion. On sent, aujourd’hui, plus que jamais, le risque de céder à un multiculturalisme soi-disant « tempéré », qui acterait notre renoncement collectif à être des égaux, pour orienter notre pays vers le modèle anglo-saxon. Nous refusons cette capitulation.

Nous refusons tout autant le dévoiement de la laïcité en arme d’intolérance et de stigmatisation. Assez des aigreurs zemmouriennes et des fantasmes de « grand remplacement » ! La droite et l’extrême-droite ont abîmé la laïcité, en la prenant pour prétexte à leur obsession identitaire. La manipulation de la laïcité par Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, qui a le premier parlé de « préfet musulman » et de discrimination positive, est une tartufferie. Tout comme l’est le mensonge sinistre de Marine Le Pen qui, entourée d’intégristes et de racistes, trahit la laïcité lorsqu’elle multiplie les diatribes anti-musulmans ou conteste aux femmes le droit de disposer de leur corps. La République doit se réapproprier le feu de la laïcité qui lui a été volé par ces usurpateurs. Et c’est à la gauche de porter ce flambeau, comme elle l’a fait historiquement.

Pour cela, nous souhaitons que la gauche, et en particulier les Socialistes, réaffirment plusieurs principes fondamentaux.

Avant tout, le PS doit recréer de la fierté laïque, réaffirmer que la laïcité est l’autre nom du bonheur français. Elle est partagée par l’écrasante majorité des citoyens, qui au quotidien vivent, travaillent, se marient ensemble dans une intégration presque unique au monde. La laïcité est le pilier central de cette fraternité et de cette tolérance : le rôle de la laïcité n’est pas d’exacerber les différences ni de les nier, mais de créer l’espace où elles se conjuguent. Surtout, le camp laïc, ce sont 65 millions de Français qui, chaque jour dans leur diversité de conscience, cultivent la paix civile et n’ont pas à subir les pressions ni encore moins les violences de quelques intégristes de toutes obédiences. Nous, pratiquants de la laïcité venus de tous horizons, sommes la majorité sociale de la France, cela doit suffire à imposer le respect à ceux qui prétendent la mettre en cause. Ne nous laissons plus faire par ceux qui veulent nous diviser !

Il n’y a pas, dans notre pays, de guerre de civilisations qui opposerait les religions, une en particulier l’Islam, à la démocratie. Il y a une lutte, totale, où se confrontent la République et les extrémistes qui veulent sa chute.

Pour préserver notre bonheur collectif, il faut assumer la fermeté laïque. Etre fermes, cela signifie condamner toute exaction commise contre les croyants mais aussi au nom des religions. C’est refuser la poussée des revendications communautaires, dans les services publics mais aussi dans les entreprises ou l’espace public. C’est en finir avec les petits accommodements politiciens qui visent à financer de façon détournée les lieux de cultes ou les établissements scolaires. C’est refuser que certains de nos concitoyens s’enferment, ou soient enfermés malgré eux, dans des « communautés », réduits à leur pratique religieuse, mis en demeure d’être des religieux « modérés » au lieu d’être simplement considérés comme des français. C’est refuser le déferlement des propos racistes qui les visent actuellement.

La fermeté laïque c’est surtout affirmer que la laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais le lieu où peut s’épanouir une totale liberté de conscience : les textes fondamentaux de notre pays garantissent autant le droit de croire que de ne pas croire. Il faut dire sans frémir : dans la République, on peut tout aussi librement pratiquer les religions que les critiquer.

Enfin, le Parti socialiste doit porter une nouvelle ambition laïque, en particulier pour l’Ecole. Lorsque la laïcité est attaquée, l’Ecole doit plus que jamais être la première priorité de la République. De nombreuses initiatives ont été prises depuis 2012 par le Gouvernement et méritent d’être saluées. Mais la situation est grave comme en témoignent les nombreux incidents dans les établissements au moment du drame de Charlie Hebdo, et plus massivement encore les 150 000 décrocheurs rejetés par le système chaque année. L’inégalité scolaire frappe si largement et si durement nos enfants qu’elle transcende les questions de religion, d’origine ethnique, de zones urbaines ou rurales. L’Ecole ne peut régler tous les problèmes de la société, a fortiori si la société ne règle pas les problèmes de l’Ecole. C’est autour de sa refondation que doit se faire l’unité nationale.

Face à la situation de notre pays, nous demandons un « plan d’urgence laïque », dont les premières propositions sont :

1- Commander un audit national sur l’ensemble des financements publics en faveur des cultes, et y mettre un terme, y compris lorsque ces activités sont présentées comme « culturelles »
2- Revenir sur la loi Carle de 2009 obligeant les communes à financer la scolarité des élèves dans les établissements privés confessionnels situés dans d’autres communes (Art. L.442-5-1 et L.442-5-2 du code de l’éducation).
3- Permettre, par la loi, aux entreprises et structures de droit privé de faire respecter la neutralité religieuse en leur sein
4- Donner un temps d’antenne sur les chaînes publiques de télévision aux mouvements philosophiques non- confessionnels
5- Demander aux élus de ne plus s’exprimer, es qualités, lors des offices religieux auxquels ils sont amenés à participer.
6- Faire entrer l’ensemble des territoires de la République, y compris l’Alsace-Moselle et les outre-mers, dans le champ d’application de la loi de 1905, et supprimer dès avant cela le délit de blasphème.
7- Tenir l’engagement présidentiel n°46 en intégrant la loi de 1905 dans la Constitution

Louis Pasteur écrivait : « Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue: le mot «enthousiasme» - du grec en-theo, Dieu intérieur. » Nous voulons que la gauche porte, pour la France, un nouvel enthousiasme laïque.