Contribution Générale

Inventer l'avenir

Déjà signée par plus de 40 parlementaires, des centaines d’élus et militants implantés dans leur territoire, cette contribution du Pôle des Réformateurs veut indiquer comment sortir de la crise pour refonder notre pacte républicain.

Introduction

Nous sommes tous encore meurtris par le drame que vient de connaitre notre pays. Partout en France des millions de personnes ont réagi en se rassemblant, en faisant bloc pour signifier que soudain ce qui les unissait était infiniment plus profond que ce qui pouvait les séparer. Ils faisaient chaud au cœur, ces immenses cortèges dans toutes les villes de France où nous nous sommes retrouvés ensemble, par-delà nos divergences religieuses, par-delà nos appartenances politiques.

Une France rassemblée !

C’est ce qu’on aimerait pouvoir dire. On sait hélas que la réalité est différente et que notre pays est aujourd’hui traversé par de profondes fractures. A commencer d’abord par celle, essentielle, qui voit des enfants de l’immigration peiner à se retrouver dans les valeurs de la République. Enfants du chômage et de la crise, en panne d’intégration ! Ils ont trop souvent le sentiment d’être en marge, de faire dans la débrouille. Un certain nombre d’entre eux viennent grossir les rangs de la délinquance quand ils ne s’inventent pas, au travers des réseaux sociaux, un idéal en rupture avec la République. C’est sur ce terreau là que prospère le fondamentalisme, que s’enracinent les vocations terroristes.

A l’opposé, mais tout aussi malmenée par la crise, une partie importante des couches populaires, bascule, elle, vers des thèses populistes, xénophobes, alimentant de plus en plus massivement le vote « Le Pen ».

Une telle situation n’est pas propre à la France. Elle est latente dans un certain nombre de pays européens mais dans aucun, elle n’atteint une intensité comparable à celle qu’elle connaît dans notre pays. Sans doute parce que nous sommes aujourd’hui une des sociétés les plus bloquées.
La France connait en effet un paradoxe. C’est la nation où le principe d’égalité est le plus affirmé, où l’arsenal législatif pour y parvenir est le plus important. Et en même temps, c’est le pays où l’impact du milieu social sur la réussite scolaire et professionnelle est le plus fort, où la frontière entre ceux qui sont exclus du marché du travail et ceux qui bénéficient d’un statut protégé est la plus grande.

Tout se passe comme si l’affirmation de l’idéal d’égalité était inversement proportionnelle à la concrétisation de celle-ci. Tout se passe comme si, à mesure que l’on développait des mesures pour l’atteindre, les rangs des précaires, des chômeurs, des exclus ne cessaient de grossir. C’est pour essayer d’analyser cette contradiction et pour proposer des solutions que nous déposons cette contribution.

Notre parti, parce que le Président de la République et le Premier ministre sont issus de ses rangs, a aujourd’hui une énorme responsabilité. Il n’est évidemment pas comptable d’une crise qui a éclaté en 2008, d’une dégradation de la compétitivité française qui ne cesse d’empirer depuis 15 ans. Et nous nous reconnaissons dans la volonté affirmée aujourd’hui au travers du CICE, du pacte de responsabilité et de l’Accord National Interprofessionnel.

Mais c’est pour nous une évidence : le logiciel socialiste a vieilli et il est urgent de le reformater pour tenir compte des réalités des temps présents. Nous devons bien sûr continuer à porter nos valeurs de solidarité, de générosité mais il nous faut prendre en compte la société telle qu’elle est aujourd’hui, il nous faut, pour reprendre les mots de Jaurès, comprendre le réel pour aller à l’idéal.

1- Une France en panne

La crise que connaît notre pays est une crise sociale avec l’installation durable d’un chômage de masse, avec la précarisation d’une part croissante de notre société, avec des territoires qui se sentent délaissés.

Elle est morale, avec ces Français en manque de repères, en rupture avec les valeurs de la République, tentés pour les uns par le fanatisme religieux, se repliant pour les autres sur des idéologies identitaires qui nous renvoient aux périodes les plus sombres de notre histoire.

Mais chacun comprend bien que crise sociale et crise morale ont d’abord pour fondement cette crise économique profonde que connaît notre pays, la panne de croissance dans lequel il se trouve.

La grande promesse républicaine en effet, ce qui cimentait le pacte social, c’était que notre pays puisse offrir à chacun de ses enfants un avenir meilleur. Dans des temps qui ne sont pas si lointains, chaque Français pouvait, à juste titre, penser qu’il vivrait mieux que ses parents et que ses enfants auraient, eux-mêmes, une vie meilleure encore.

Cette promesse là, la crise économique est venue la briser.

C’est donc d’abord sur cette panne là qu’il faut agir.

Et la première urgence, ce qu’attendent tous nos concitoyens, c’est que les responsables politiques leur indiquent comment sortir d’une telle stagnation, comment retrouver une dynamique de croissance.

Cela suppose une analyse précise de ce que sont les maux de notre économie, la capacité à indiquer aussi quels peuvent en être les remèdes. En un mot, il faut dire ce qui peut permettre de créer à nouveau la richesse dans notre pays. Faute de quoi les discours les plus ronflants sur la justice sociale, la lutte contre les inégalités, les beaux principes républicains sembleront vides car en décalage total avec la réalité quotidienne qui est celle de nos concitoyens.

C’est pour cela que, dans cette contribution, nous entendons d’abord parler économie et mettre en lumière les raisons qui font qu’aujourd’hui que la France est en panne.

1.1 Une perte de compétitivité

Oui, à l’origine de tout, il y a cette panne de l’économie française et tout ce qu’elle entraîne. Un chômage qui touche actuellement 10% de la population active, plus de 5 millions de personnes si l’on prend en compte toutes les catégories de demandeurs d’emplois.

Pour nous, socialistes, une telle situation est insupportable. Car avoir un emploi est une des clés de l’émancipation individuelle et de l’épanouissement collectif. Car sans emploi, il est impossible de faire des projets, de progresser et tout simplement de trouver sa place dans la société. Toute notre action doit donc être tendue vers un seul objectif : créer des emplois.

Ces dernières années, c’est, on le sait, l’inverse qui s’est produit. Notre économie a détruit près de 280 000 emplois salariés privés depuis le début de la crise de 2008. Le recul est plus préoccupant encore si l’on regarde l’emploi industriel : depuis dix ans, ce sont ainsi plus de 700 000 emplois qui ont disparu.

Encore ces chiffres ne disent-ils pas tout de la profondeur de la crise. Car les disparités entre territoires se sont dans le même temps considérablement aggravées. Alors que les grandes métropoles ont continué à créer des emplois au travers du développement de l’économie de la connaissance, un certain nombre de zones, aux industries plus traditionnelles, ont vu leur économie s’effondrer.

Bien sûr, la crise explique pour partie ces évolutions. Mais on sait qu’avant même 2008, la tendance était lourde à voir notre économie décliner. Et à l’heure où, chez certains de nos voisins, le chômage reprend une trajectoire à la baisse quand il continue à augmenter chez nous, on ne saurait éluder l’essentiel, c'est-à-dire la perte de compétitivité globale de l’économie française depuis une vingtaine d’années.

En 1995, les parts de marché à l’export des entreprises françaises en zone euro étaient d’environ 18% ; elles sont aujourd’hui de 12,2%, un plus bas historique.

En Chine, les parts de marché des entreprises françaises sont de 1,3% ; celles de l’Allemagne de 6,3%, soit plus de quatre fois plus.

Au niveau global, on estime que l’industrie française a perdu plus de 35% de parts de marché à l’export depuis 20 ans.

Ce n’est pas seulement à l’export mais aussi sur notre marché intérieur que nous avons reculé, ce qui fait que notre balance commerciale, positive au début des années 2000 est aujourd’hui très déficitaire (-53,8 milliards d’euros en 2014).

Ce n’est pas un reflux, c’est un effondrement.

1.2 Les causes d’un recul

Les causes de ce recul sont multiples.

Il y a d’abord la faiblesse des marges de nos entreprises.

Lorsque l’on regarde leur évolution, on constate qu’elles n’ont cessé de baisser depuis dix ans, pour atteindre aujourd’hui un point historiquement bas de 28% contre 38% dans la zone euro et 41% en Allemagne.

C’est là la conséquence d’une fiscalité pénalisante pour les entreprises : en France, on taxe les revenus du capital comme ceux du travail, ce qui décourage l’investissement et le risque.

C’est aussi le résultat du poids très important des prélèvements obligatoires (46% en France et 41% en moyenne dans la zone euro et 40% en Allemagne) qui pèsent pour une grande partie (les 2/3) sur les entreprises.

Au total, faute de marges suffisantes, la grande masse de nos entreprises petites et moyennes n’a les moyens d’investir ni dans l’innovation, ni dans la qualité-produit, ni dans le développement d’infrastructures à l’export. Pour ne donner qu’une illustration témoignant du retard de notre appareil productif, l’industrie française ne compte que 34.000 robots quand l’Allemagne en dénombre 162.000.

Il y a ensuite tous ces freins à la mobilité qui bloquent l’évolution des entreprises.

Ce sont d’abord des freins à l’embauche. Parce que les entreprises craignent de ne pouvoir ajuster leurs effectifs en cas de baisse de leur carnet de commande, elles n’embauchent pas, ou alors 9 fois sur 10 sous forme de CDD et pour des périodes de plus en plus courtes (la moitié des CDD durent moins de dix jours).

Ce sont aussi des freins à l’évolution de notre appareil productif. On le sait, nous vivons aujourd’hui dans une économie de l’innovation marquée par la rapidité des mutations. En quelques années, une start-up peut devenir une entreprise globale et a contrario, de grands groupes établis peuvent se retrouver dans d’importantes difficultés et finir par s’effondrer. Il faut donc permettre aux entreprises d’être mobiles. D’abord pour s’adapter à une conjoncture qui peut, on l’a vu, très rapidement se retourner. Mais aussi et tout simplement pour se redéployer, pour abandonner une activité déclinante et se repositionner sur un secteur émergent.

Cela demande que les entreprises puissent avoir de la souplesse dans la gestion de leurs effectifs. Or, dans notre pays et au nom de la protection des salariés, c’est là une tâche difficile. Non d’ailleurs du fait du coût des licenciements pour lequel nous sommes dans la moyenne des pays européens. Mais en raison de leur complexité, avec des procédures juridiques longues et aléatoires (15 mois en moyenne pour un jugement au Conseil du Prudhommes, 27 mois en cas d’appel).

D’autres pays ont réussi à conjuguer souplesse pour les entreprises et sécurité pour les employés, par des dispositifs de flexsécurité. Comme l’écrit Jean TIROLE « il ne faut pas sécuriser les emplois, mais sécuriser les salariés ».

Enfin, de nombreux acteurs, dont les chefs d’entreprises, se font souvent l’écho de l’inadaptation de notre système de formation. A raison.

Il y a d’abord une inadaptation de la formation initiale

On sait qu’aujourd’hui 150 000 jeunes par an sortent sans diplôme de l’école, que 100 000 étudiants sortent de l’Université sans licence, que l’ensemble de notre système éducatif est très éloigné des besoins du monde économique. L’apprentissage, par exemple, reste une voie sous développée, qui concerne seulement 400 000 jeunes contre 1,6 million Outre-Rhin. Les filières techniques sont elles dévalorisées, alors que, là encore, elles sont au cœur du système d’enseignement supérieur allemand avec les Fachhochschule, ces universités techniques de très haut niveau, qui accueillent un quart des étudiants.

Mais cette inadaptation est aussi celle d’un système de formation professionnelle qui n’est satisfaisant ni pour les entreprises ni pour les salariés. Il bénéficie en effet davantage à ceux qui ont déjà la meilleure formation initiale et qui sont les mieux insérés, plutôt qu’à ceux qui, dépourvus de toute formation, sont les plus exposés au risque du chômage. Ainsi, on estime que sur les 32 milliards consacrés en France à la formation professionnelle, seuls 4 milliards sont fléchés vers les chômeurs.

Or la formation professionnelle, c’est bien l’un des fondements de la flexsécurité que nous venons d’évoquer et qui permet à un certain nombre de pays scandinaves de prendre en compte les nécessaires mutations de l’économie et en même temps la protection des salariés.

2- Les apories de la pensée socialiste

Bien sûr, la responsabilité d’une telle situation n’est pas à imputer aux seuls socialistes qui, ces vingt dernières années, n’ont exercé le pouvoir que sept ans durant. Mais il n’est pas certain que toute la gauche ait bien pris conscience des exigences d’un monde où l’innovation s’accélère, où l’économie se déploie à l’échelle de la planète et où il n’est donc plus possible de s’abriter derrière les frontières d’un État Nation.

En fait, il y a chez certains à gauche, une mythologie, un vocabulaire qui nous renvoient à ce qu’était la classe ouvrière de la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Leur vision de la société est datée, leur vision de l’entreprise est obsolète. Elle ne correspond plus guère en tout cas à tous ces jeunes qui, dans les espaces de coworking ou dans les laboratoires de recherche, sont en train d’inventer le monde de demain.

A ceux-là qui voient dans toute réforme « la remise en cause des acquis sociaux », nous voulons dire qu’il serait paradoxal que les socialistes, femmes et hommes de progrès, deviennent les partisans du conservatisme le plus étroit car à trop vouloir conserver le passé, c’est l’avenir qu’on risque de compromettre.

D’autres qui se réclament de Keynes se prononcent encore et toujours pour des politiques de relance au niveau national quand bien même notre dette publique a dépassé les 2000 milliards d’euros et que le remboursement de ses intérêts est devenu le premier poste de nos dépenses publiques sans voir que notre problème est bien plus un problème d’inadaptation de l’offre que de faiblesse de la demande.

Creuser un peu plus les déficits pour relancer la consommation risquerait dans ces conditions de bénéficier davantage aux entreprises étrangères qu’aux entreprises nationales. Nous sommes un certain nombre à nous souvenir des leçons de la politique de relance de 1981, des importations massives de magnétoscopes japonais ou autres produits qu’elle avait provoquées. Nous nous souvenons hélas aussi de ce tournant de la rigueur qu’il avait fallu prendre pour faire face à une situation qui se dégradait de manière accélérée.

Ces Keynésiens-là sont-ils d’ailleurs fidèles à Keynes ? On peut en douter, lui qui disait « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes ». Nous devons aujourd’hui faire nôtre une telle pensée.

Car les idées anciennes ne s’appliquent plus au monde nouveau.

Le monde nouveau, il est d’abord marqué par le grand changement qu’est celui de la mondialisation.

Certes celle-ci n’est pas encore achevée, elle est porteuse d’espoir comme d’inquiétudes. Mais comment ne pas voir qu’elle est aujourd’hui inéluctable ? Même si nous le souhaitions, nous ne pourrions revenir en arrière. On peut certes, dans les mots, continuer à parler de démondialiser l’économie. C’est évidemment plus difficile d’inscrire cette démondialisation dans les faits au moment où une partie importante de nos entreprises grandes, petites et moyennes se déploient à l’échelle du monde et en particulier dans ces pays émergents où la demande va toujours croissant.

Face aux tendances lourdes que sont la circulation immédiate de l’information, de la connaissance, avec des processus de production et de consommation largement mondialisés, avec une finance globalisée, des firmes qui se déploient à l’échelle de la planète, il nous faut repenser notre modèle économique.

« Il ne nous est pas offert de rester immobiles dans le mouvement du monde. » disait Mendès-France. Mais nous devons nous armer pour en relever les défis.

Il nous faut inventer un nouveau mode de régulation qui nous permette de maîtriser notre destin collectif.

Cela se fera largement par l’Europe, car c’est là aujourd’hui le cadre où l’on peut mener ces politiques macroéconomiques de relance devenues impossibles dans le seul territoire national. Cela se fera aussi au travers du poids que nous donnera cette Europe dans les grandes négociations internationales à venir.

Le monde nouveau, il est aussi dans l’entreprise, qui porte aujourd’hui la création, l’innovation. Il y a donc une autre révolution intellectuelle à opérer pour les socialistes : la prise en compte de ses besoins.

Plus qu’une conversion, ce sera d’ailleurs pour les socialistes, un retour aux sources. Le socialisme français originel, en effet (Saint-Simon, Proudhon), savait en effet penser l’entreprise. Notre socialisme doit être un socialisme de l’entreprise. Car, pour répartir les richesses, il faut d’abord les produire. Pour redistribuer, il faut créer. Nous devons donc soutenir l’innovation, valoriser ceux qui créent, ceux qui entreprennent, et redonner à la France le goût du risque.

C’est peut-être parce qu’avant de revenir au pouvoir, cette réflexion n’avait pas été suffisamment menée que peuvent s’expliquer les difficultés et les hésitations qu’a connues notre majorité depuis mai 2012.

L’héritage laissé par dix ans de gestion par la droite a d’abord été sous-estimé. La dette (augmentée de 600 milliards en cinq ans), la dégradation de notre appareil industriel (passage de 24% à 14% du PIB en dix ans), le vote de 30 milliards d’impôts supplémentaires en 2011 et début 2012 : tout cela n’a pas été suffisamment pris en compte. De ce fait, les premières mesures qui ont été votées se sont parfois révélées en décalage avec la gravité de la situation, laissant penser, à tort, que la crise était derrière nous.

Peu à peu, dans le prolongement du rapport Gallois, une ligne s’est pourtant affirmée. Enfin, on admettait que le chômage de masse s’expliquait avant tout par un manque de compétitivité de notre économie. Enfin, on reconnaissait la nécessité de rétablir les marges de nos entreprises pour créer plus de valeur, ce à quoi beaucoup d’économistes appelaient depuis bien des années. Mais même lorsqu’on est allé dans la direction d’une politique favorable aux entreprises avec le CICE, avec le pacte de responsabilité, il a continué à y avoir des signaux contradictoires Ainsi de la taxe sur les plus-values de cessions qui suscita le mouvement des Pigeons, puis de la taxe sur l’excédent brut d’exploitation, finalement abandonnée. Sans parler des différents amendements à la loi de finances déposés par certains parlementaires socialistes, qui ont contribué, chez certaines entrepreneurs, à créer un climat d’insécurité et de défiance.

C’est donc bien la faiblesse initiale de notre réflexion collective qui nous a empêchés d’apporter immédiatement les bonnes réponses à la crise que connaissait la France. Le chômage a donc continué à croître et à alimenter une profonde désespérance dans ces couches populaires qui avaient tant misé sur notre retour au pouvoir. Les banlieues ont cessé d’y croire. La « France périphérique », celle de l’entre-deux institutionnel, s’est, elle, un peu plus tournée vers les idées du Front National. Les couches moyennes accablées par la montée des prélèvements, se sont cabrées dans un refus de l’impôt qui fissure chaque jour un peu plus cette solidarité nationale qui est à la base même de notre République. Quant aux patrons de PME, aux jeunes dirigeants de start up, aux innovateurs et aux créateurs dont beaucoup avaient cru en nous, ils se sont retrouvés de plus en plus déconcertés par le caractère passéiste de notre conception de l’entreprise et du monde dans lequel nous vivons.


3- Pour un renouveau de la pensée socialiste : changer de modèle

Aujourd’hui, il convient donc de changer de modèle. Loin de nous figer dans une répétition d’un passé qui forcément bégaye, il nous faut prendre en compte une société qui a profondément changé, si nous voulons faire passer dans la réalité les idéaux et les valeurs qui sont les nôtres.
Le nouveau socialisme doit nous permettre de relever un triple défi : le défi économique, le défi écologique, le défi de la dette.

3.1 Le défi économique

A la base de tout, il y a ce rétablissement de la compétitivité de notre économie indispensable au retour de la croissance et de l’emploi.

Cela passe par une montée en gamme de notre système productif. Il nous faut davantage d’entreprises innovantes, d’entreprises engagées dans cette économie de la connaissance qui est à la base même des changements de notre monde.

Nous avons pour cela de nombreux atouts : un tissu universitaire particulièrement riche bien qu’encore trop fragmenté, un réseau de chercheurs qui dans toutes les disciplines sont parmi les tout meilleurs, des start up de plus en plus nombreuses et reconnues, de grandes entreprises qui font référence au niveau mondial chacune dans leur domaine.

Encore faut-il que les uns et les autres ne connaissent pas un frein à leur action.

Si nous pensons, dans la droite ligne du rapport Gallois et de la mise en place du CICE, qu’il faut baisser le coût du travail, ce n’est pas pour «faire des cadeaux aux patrons », comme on l’entend parfois dans nos rangs. C’est pour lutter contre le chômage de masse, qui est, en France, la première des inégalités. Pour cela, il faut rétablir des marges, qui permettent aux entreprises de redevenir compétitives, de se remettre à investir et à porter l’innovation.

Rétablir la compétitivité, c’est aussi doter notre pays d’une fiscalité plus favorable à la prise de risque et à l’innovation. A gauche, une tradition tenace fait de la taxation égale entre capital et travail l’alpha et l’oméga des politiques fiscales. Or, l’analyse économique montre qu’une telle structure est défavorable à l’innovation et in fine défavorable à l’emploi et à la justice sociale. Comme l’ont fait avant nous les pays scandinaves, d’ailleurs sous des gouvernements de gauche, il faut donc aller vers un système plus simple et plus lisible, ce qui implique la suppression des niches fiscales en contrepartie d’une baisse des taux.

Il faut ensuite donner la possibilité aux entreprises de s’adapter rapidement à la conjoncture économique et aux cycles de « destruction créatrice » qui caractérisent l’économie de l’innovation. Pour cela, il faut leur donner de la souplesse.

Sur tous les grands sujets : temps de travail, évolution des rémunérations, salaire minimum, contrats de travail, modalités de ruptures conventionnelles de ces contrats, il faut pousser plus avant à la négociation avec les partenaires sociaux, dans la volonté de promouvoir cette flexsécurité qui doit permettre davantage de souplesse pour les entreprises tout en assurant la sécurité des salariés. Avec un objectif premier : réduire ce chômage de masse qui est devenu le premier fléau de notre pays, réduire le fossé toujours plus grand entre insiders et outsiders.

Redresser notre compétitivité, c’est aussi miser sur l’école.

L’école est évidemment un atout déterminant dans la compétition économique. Il n’y a pas d’économie forte sans une population bien formée. Il n’y a pas d’innovation possible sans formations supérieures d’excellence. Mais elle est aussi fondamentale pour permettre à chacun, quel que soit son milieu social, quelles que soient ses origines, de pouvoir s’élever et progresser de la société.

C’est pourquoi elle est, pour nous, une priorité.

Depuis le début du quinquennat de François Hollande, nous avons déjà commencé à agir. En ces temps de rigueur budgétaire, ses moyens ont été renforcés. En deux ans, ce sont 25000 postes qui ont été créés. Avec des enseignants mieux formés ! La création des écoles supérieures du professorat est de ce point de vue très importante.

Mais il convient d’aller plus loin. Dans ce domaine aussi, il est de profondes réformes que nous devons effectuer.

La première exigence est de rénover en profondeur les pratiques pédagogiques en donnant davantage d’autonomie aux établissements et aux professeurs, comme l’ont fait, avec succès, les pays scandinaves, en favorisant, chez les élèves, la prise d’initiative et le travail en groupe.

Et c’est dès le plus jeune âge qu’il faut agir, dès la maternelle et le primaire, car c’est bien là que les différences se creusent, que se joue l’inégalité des destins.

La seconde exigence est d’opérer une réallocation des moyens entre secondaire et primaire. Actuellement, en parité de pouvoir d’achat, la France dépense seulement 33 000 $ pour un élève de primaire contre 47 000 $ en moyenne dans l’OCDE mais 76 000 $ pour un élève de secondaire contre 60 000 $ en moyenne. Il faut procéder à un rééquilibrage.

Réformer le premier cycle est un chantier essentiel. Réformer notre système d’enseignement supérieur l’est peut être encore plus.


La réforme doit viser à mieux former nos étudiants pour permettre à la grande majorité d’entre eux d’avoir ensuite accès à un métier. Elle doit aussi se donner pour but d’assurer un meilleur rayonnement de nos universités pour qu’elles soient clairement reconnues comme des lieux d’excellence à l’échelle mondiale.

Mieux former nos étudiants consiste sans doute à rendre les premières années plus généralistes comme c’est le cas dans les autres grands pays développés. Ce n’est qu’ensuite qu’on irait vers une spécialisation qui viserait à déboucher sur des formations qualifiantes en lien avec ce que sont les besoins de l’économie.

Rendre nos universités plus visibles à l’échelle internationale, c’est, dans le cadre des communautés universitaires d’établissements, leur permettre d’avoir un grade doctoral commun, d’unifier leurs coopérations à l’international, et sans doute, de renforcer leur partenariat avec les entreprises à la fois pour que celles-ci puissent abonder leur financement et qu’elles développent ensemble des projets d’intérêt partagé.

Enfin, pour ce qui est du système de formation professionnelle, nous pensons que les 32 milliards qui y sont consacrés doivent venir alimenter un fonds mutualisé qui permettrait prioritairement aux personnes les moins qualifiées et les plus fragiles d’acquérir des formations et de reconstituer leur employabilité. Cette mutation devra nécessairement s’accompagner de la mise en place d’un système de certification efficace qui permettra de réduire la complexité du système (actuellement plus de 50.000 prestataires !) et d’en améliorer la qualité.

Nos systèmes de formation doivent d’ailleurs intégrer la révolution qui est en cours, celle des MOOC (Massive Online Open Course). Toutes les grandes universités du monde ont mis en place des programmes d’enseignement disponibles sur Internet. Dans ce domaine, nous avons pris un retard. Il faut aujourd’hui accélérer le déploiement de telles plateformes. Cela aussi permettra de rendre nos formations accessibles au plus grand nombre en France mais aussi de porter notre culture dans le monde entier.

3.2 Le défi écologique

La question sociale fut la grande question du XIXème siècle, qui vit naître le mouvement socialiste. La question écologique sera la grande question du XXIème siècle. Si les thématiques changent, les solutions proposées pour y répondre ne varient pas.

Comme il y avait hier les tenants d’un scénario révolutionnaire, celui de la dictature du prolétariat, il y a aujourd’hui les défenseurs d’une écologie de la décroissance, qui veulent changer par la contrainte tous nos comportements.

Mais comme il y avait des réformistes, il y a aujourd’hui les promoteurs d’une écologie positive qui pensent que la réponse est globale, que les changements technologiques correspondent aussi à un esprit nouveau, à cette volonté de nos concitoyens de mettre en place un modèle de croissance plus sobre, plus décentralisé, plus collaboratif dont ils deviendraient les acteurs.

Ce sont ces réformistes là qui résoudront, par des engagements concrets, les problèmes posés par le réchauffement climatique, la réduction de la biodiversité, et la raréfaction des ressources.

Cette écologie positive, elle a d’abord à se déployer au niveau local, et en particulier à l’échelle des villes, qui sont à l’origine de 75% des émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit d’y développer une offre alternative de transports en commun, de rénover énergétiquement les logements et bureaux, de construire des immeubles à énergie positive, de récupérer la chaleur fatale émise par nos usines, ou encore de développer toutes les technologies de la ville intelligente, par exemple ces smart grids qui intègrent les énergies renouvelables pour limiter le recours aux énergies fossiles. Les villes seront plus sobres, elles seront aussi plus vertes. On peut constater partout aujourd’hui le retour de la nature en ville, dans les espaces publics, mais aussi sur les murs des immeubles et même sur les toits. Ce sont par exemple ces roof gardens qui se multiplient à New York.

Mais si beaucoup de solutions sont à développer au niveau local, il est évidemment indispensable d’aboutir à des accords globaux qui permettent d’orienter les différents acteurs dans chacun. C’est pourquoi nous souhaitons que la conférence qui aura lieu à Paris fin 2015 aboutisse à un accord avec un objectif de réduction de 75% des émissions de gaz à effet de serre en 2050 (facteur 4). Nous sommes conscients qu’il faudra pour cela des sauts technologiques très importants. C’est pourquoi nous croyons à l’alliance de l’écologie, de la science et de l’économie. La France, qui dispose d’une ingénierie hors normes et d’atouts majeurs dans les domaines de la chimie-environnement, de l’énergie et des transports, doit prendre le tournant de cette révolution des cleantech.

Oui, une nouvelle alliance doit être conclue entre écologie et progrès. Et nous rejetons tous ceux qui ont de l’écologie une conception décliniste. La France doit retrouver le désir de progrès. Mais en même temps, nous ne devons pas tomber dans un positivisme béat, et accepter la juste interpellation sur le sens du progrès dans son rapport à la nature et à la planète – c’est la question environnementale – ou dans son rapport à l’Homme – c’est la question éthique.

3.3 Le défi de la dette

Le troisième défi auquel notre pays est confronté est celui de la dette. Il est impératif de préserver le futur de nos enfants en cessant de laisser filer nos déficits et en menant au contraire des politiques volontaristes pour réduire notre dette.

Pas pour répondre aux injonctions des marchés ou de la Commission Européenne ! Mais parce qu’il n’est pas viable de mobiliser chaque année l’équivalent du budget de l’Éducation nationale pour le simple remboursement des intérêts de nos emprunts et d’être en permanence à la merci d’une remontée des taux, qui serait dramatique.

Réduire nos déficits suppose une volonté constante. Aujourd’hui nos collectivités locales ont par exemple à affronter le double challenge d’absorber le choc créé par la baisse des dotations de l’État et le coût de la réforme des rythmes scolaires. On comprend qu'elles apportent leur contribution à la réduction de la dette mais il faut absolument que des mesures soient prises pour éviter que cela ne se traduise par une baise massive de l'investissement public.

Réduire nos déficits, cela passe par de profondes réformes de structure selon une méthode qui a été expérimentée avec succès dans bien des pays en situation difficile (la Suède, par exemple). Aujourd’hui, le coût de production des services publics en France est supérieur de 2,7 points de PIB à la moyenne des autres pays européens. Organisation de l’appareil d’État, des collectivités locales, du système de protection sociale : dans tous les domaines, il est possible de gagner en efficacité sans remettre en cause les principes d’universalité et de justice auxquels nous tenons.

Il est de ce point de vue un chantier fondamental, celui de la simplification.

Il s’agit d’abord de poursuivre la transformation numérique de l’État, pour laquelle la France est désormais citée en modèle.

Il s’agit ensuite de continuer à alléger les procédures administratives. Les premières mesures prises en matière d’urbanisme, de création d’entreprise, de réformes de relations avec l’administration (règle du « silence vaut accord »), devraient déjà aboutir à des économies importantes (de l’ordre de 2,5 milliards d’euros). Mais il faut évidemment aller plus loin.

Car c’est notre manière même de fabriquer la loi qu’il faut repenser en cessant de « voter à l’aveugle ». Pour cela, on pourrait s’inspirer de l’exemple du Danemark. Travaillons en amont sur l’applicabilité de la loi pour que les débats parlementaires se fondent sur de réelles d’études d’impact quant aux retentissements qu’elles peuvent avoir sur les entreprises comme sur les citoyens.

Ainsi mettra-t-on fin à l’explosion des normes et des règles qui complexifient et rendent moins lisible l’action publique et qui paralysent souvent l’action privée.

Il faut réformer l’État. Il faut également réformer notre système de protection sociale, qui doit évoluer dans le sens d’une plus grande efficacité et d’une plus grande lisibilité. Nous pensons qu’en matière de retraites, nous pourrions nous orienter vers un système par points, comme c’est le cas en Suède. Un tel système permettrait de gommer les frontières entre les régimes, de concilier impératifs collectifs et désirs supprimant le couperet de l’âge légal et en s’adaptant automatiquement aux évolutions démographiques et économiques.

Enfin, une des clés d’une action publique efficace, c’est l’évaluation ex ante et ex post des politiques publiques. Concernant l’évaluation ex ante, l’Australie a par exemple adopté en 1998 le Charter of Budget Honesty Act, qui impose au législateur de faire des choix budgétaires (dette, risques financiers) responsables vis-à-vis des générations futures. C’est une piste intéressante, à laquelle il faut ajouter la possibilité d’expérimenter certaines dispositions sur un territoire et de les faire évaluer par des experts indépendants avant de les généraliser. Il nous faut également évaluer plus systématiquement nos politiques publiques pour juger de leur pérennité ou de leur abandon. L’exemple des aides au logement, qui coûtent chaque année plus de 2 points de PIB sans avoir jamais enrayé la pénurie, est de ce point de vue édifiant.

4- Une nouvelle dimension de l’action : l’Europe et les territoires

4.1. Renouveler notre engagement européen

Pour les femmes et les hommes de progrès, l’Europe a toujours été un idéal. Déjà, en 1849, à l’occasion du Congrès International de la Paix, Victor Hugo se prononçait pour des États-Unis d’Europe.

Les conflits qui ont endeuillé l’Europe et qui ont largement contribué à lui faire perdre sa prééminence à l’échelle mondiale montrent combien cette vision-là était pertinente. Elle a toujours été celle des socialistes.

Et pourtant, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui font de l’Europe la responsable de tous nos maux. C’est vrai en France. Mais c’est vrai dans un grand nombre de pays.

Face à ce scepticisme grandissant, il faut rappeler que c’est l’Europe qui nous a permis de vivre en paix depuis 70 ans maintenant, alors même que se déroulaient aux limites de l’Union Européenne, des conflits qui, dans d’autres circonstances, auraient pu dégénérer en affrontement généralisé entre les grands pays européens.

Il n’en reste pas moins que l’Union Européenne n’a pas su mettre en place les politiques susceptibles de lui assurer un taux de croissance élevé. Depuis dix ans, l’économie européenne est en panne. Et faute de croissance, nous connaissons une stagnation dont nous voyons aujourd’hui les conséquences néfastes.

La crise que nous connaissons depuis 2008 est, de ce point de vue, révélatrice. Elle montre que si l’euro a permis de rompre avec l’instabilité des monnaies, il a d’une certaine manière aussi masqué des évolutions divergentes entre les différentes économies des pays européens, entre le Nord et le Sud. Ce qui forcément devait un jour trouver sa sanction et provoquer, pour reprendre les termes de Jean Pisani-Ferry, « le réveil des démons ». Les crises grecque, espagnole, portugaise sont en large partie le résultat d’une telle divergence de nos économies.

Pour retrouver la confiance des peuples, l’Union Européenne doit donc pouvoir porter des politiques qui rétablissent la croissance.

C’est ce que vise Mario DRAGHI au travers des programmes de rachat des dettes publiques. C’est aussi l’objectif du plan d’investissements de 315 milliards annoncé par la Commission. Ces inflexions sont importantes. Mais beaucoup d’autres progrès sont encore à réaliser.

Ce qui manque à l’Europe, en effet, c’est de redonner un souffle à la croissance au travers le développement des infrastructures et des moyens de transports.

Ce qui manque à l’Europe, c’est une capacité à porter des politiques communes en matière universitaire, de recherche, d’innovation.

Ce qui manque à l’Europe, c’est une capacité à développer des entreprises qui puissent rivaliser avec les grands groupes américains, japonais, et désormais coréens et chinois, en particulier dans ces technologies numériques qui irriguent toute notre économie. Il n’est évidemment pas neutre qu’il n’existe aujourd’hui aucun groupe européen capable de supporter la comparaison avec les Apple, Google, Samsung, ou bien demain Huawei. Dans ce domaine, même l’Allemagne n’atteint pas cette frontière technologique à laquelle sont parvenus les États-Unis et certains pays émergents.

Pour doper la croissance, il faut donc que l’Union Européenne mette en place des politiques coopératives centrées sur les grandes technologies d’avenir (santé, technologies vertes, numérique, nanotechnologies) et pour cela qu’elle en finisse avec le dogme de libre concurrence et de non concentration porté par la Commission Européenne. C’est peut-être cela le vrai changement de paradigme.

De manière globale, ce n’est pas vers moins d’Europe mais vers plus d’Europe que nous devons aller.

Il faut aller vers l’Europe militaire. Face aux nouveaux périls – dont les terroristes de Daech sont le dernier exemple effroyable – seule une Défense européenne commune est en capacité d’assurer à l’Europe une voix forte et entendue, dotée de moyens efficaces pour lutter contre toutes les menaces.

Il faut aller aussi vers l’Europe politique car on ne parviendra à des politiques économiques vraiment communes qu’en redonnant un souffle à l’ambition fédéraliste. La gouvernance de l’Union Européenne fait encore la part belle aux égoïsmes nationaux, avec le résultat que nous connaissons aujourd’hui.

4.2 Mener à bon terme le grand chantier de la réforme territoriale.

Une métropolisation et des agglomérations qui tire l’économie française

La globalisation de l’économie a fait du niveau européen l’échelon pertinent pour traiter des grands problèmes macroéconomiques (politique monétaire, politiques industrielles). Elle a aussi redonné un nouveau souffle aux territoires et en particulier à ces grandes métropoles où se concentre l’économie de la connaissance. Nous vivons à l’heure de la métropolisation. C’est vrai en France (selon l’INSEE, 95% de la population y vit ainsi sous l’influence d’une ville) comme ce l’est partout dans le monde puisque selon une étude récente, 50% du PIB mondial est aujourd’hui réalisé dans 300 métropoles.

On ne peut évidemment pas ne pas tenir compte d’une tendance aussi massive et qui ne va faire que s’accentuer. Pourquoi un tel mouvement ? Tout simplement parce que c’est dans ces grandes villes que se développe cette économie nouvelle née du croisement des fonctions supérieures (universitaires, chercheurs, services aux entreprises, start-up, grands groupes) et de ce que Richard Florida appelle la « classe créative ». L’innovation, qu’elle soit technologique, organisationnelle, culturelle, s’y développe de manière bouillonnante. C’est largement là que s’invente le monde demain. C’est donc avec raison que les socialistes ont fait des villes et en particulier des métropoles, l’armature de l’organisation territoriale du pays en donnant à celles-ci les moyens de construire des écosystèmes performants.

Mais si les grandes métropoles rayonnent, elles ont aussi leur face sombre. Parce qu’elles sont créatrices de richesses, elles attirent tous ceux qui pensent trouver là un emploi, une façon d’améliorer leur sort. Elles connaissent donc à la fois la plus grande richesse mais en même temps la plus grande pauvreté.

C’est là un problème qu’il nous faut, nous, socialistes, appréhender dans sa globalité. Et pour cela, nous devons doter ces métropoles d’une double compétence : compétence économique mais aussi compétence sociale pour éviter que se creusent les fractures au sein de notre société.

Une métropolisation qui tire aussi les autres territoires

Une question est récurrente. La croissance de ces métropoles ne se fait-elle pas au détriment des autres territoires ?

C’est là une idée assez largement partagée. Mais c’est en fait une idée fausse. Du moins dans notre pays. Laurent Davezies, l’un des meilleurs spécialistes de l’économie des territoires, constate ainsi qu’il existe « une circulation invisible des richesses entre les territoires » due à deux mécanismes.

D’abord notre système redistributif qui fait qu’une partie des richesses créées sur les territoires métropolitains est redistribuée au reste du pays. Pour ne prendre qu’un exemple, l’Ile de France produit 31% du PIB mais ne capte que 22% du revenu. Ce sont donc 180 milliards d’euros qu’elle redistribue chaque année.

Le deuxième est ce qu’il appelle « l’économie résidentielle ». Par l’intermédiaire du tourisme, de l’installation pour leur retraite d’un certain nombre d’urbains dans des régions plus rurales, une partie des richesses ayant pris forme dans les métropoles est dépensée dans les autres territoires. Ce qui génère une dynamique économique centrée sur les produits locaux qui peut s’élargir à un développement de nouvelles entreprises agro-alimentaires, sur le BTP qui à son tour peut donner naissance à des secteurs nouveaux : rénovation énergétique, nouveaux matériaux. Avec au total un secteur largement « abrité » de la concurrence internationale et des délocalisations. La croissance initiée par les métropoles s’étend donc aux territoires qui leurs sont proches.

Des territoires ruraux à prendre en compte

Plus que de savoir si les métropoles aspirent la richesse des zones qui les entourent, le véritable problème est donc d’assurer le développement des parties du territoire éloignées de toute ville.

Selon les situations locales, ce sont soit les conseils départementaux, soit des intercommunalités à la bonne taille qui peuvent porter un tel mouvement.

On peut aussi penser à créer des liens entre les grandes métropoles et un certain nombre de territoires hyper-ruraux dans une coopération qui serait fructueuse pour les uns comme pour les autres et pour cela mettre en place un certain nombre d’incitations financières.

Faire du couple métropole-région le pivot de la nouvelle dynamique économique

Dans cette nouvelle conception, quel doit être le rôle des régions ?

Pour nous, il n’y a pas de régions fortes sans métropoles fortes et réciproquement.

Cela veut dire, qu’au niveau économique, la région doit être fédératrice et permettre d’élargir la dynamique née dans les métropoles et dans les agglomérations, à tout un territoire pour que, par effet d’entrainement, ce soient les entreprises de tous les territoires qui puissent en bénéficier. Il doit donc y avoir une action coopérative pour ce qui est des universités, de la recherche et des pôles de compétitivité. Cela peut s’inscrire dans un schéma établi en étroite collaboration avec les autres collectivités, qui se voudra incitatif et non pas prescriptif.

Pour ce qui est des politiques d’aménagement du territoire, évidemment les régions ne peuvent se substituer aux villes et aux agglomérations pour définir les Schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d’urbanisme et de l’habitat. Par contre, elles ont à éviter un mitage territorial qui pourrait remettre en cause demain les espaces agricoles, les espaces naturels ou les grands paysages.

Enfin, en matière de transports, il est évident qu’il faut coordonner les compétences de transports interurbains des régions avec les réseaux de transports mis en place dans nos villes et nos agglomérations. Un schéma régional établi conjointement par toutes les autorités organisatrices doit être l’outil de cette cohérence.

Vers un nouvel équilibre territorial

Régions, métropoles, intercommunalités, conseils départementaux : c’est donc un nouvel équilibre territorial que nous proposons.

Il devra se concrétiser dans nos dispositions fiscales. Faisons attention par exemple que la réforme de la Dotation Globale de Fonctionnement, ne vienne pas briser l’élan qui est aujourd’hui celui des métropoles et des grandes agglomérations.

Il devra se concrétiser aussi dans l’ensemble de nos lois. Nous sommes encore trop souvent dans une inspiration jacobine alors qu’il faudrait savoir inventer une nouvelle organisation du territoire girondine.

Pour cela, le législateur doit prendre en compte toute la diversité du territoire.

Avec une ville globale, Paris, qui est en compétition avec New-York, Londres, Tokyo ou Shangaï.

Avec des métropoles connectées au monde et au cœur de l’économie de l’innovation.

Avec du Nord-est au Sud-ouest une grande diagonale de la ruralité qui mérite une attention spécifique.

Avec enfin cette France périphérique qui pour retrouver l’espoir doit pouvoir être prise en compte dans un cadre institutionnel nouveau (pôles métropolitains par exemple).

C’est comme cela que l’on pensera le renouveau de l’action publique. La puissance publique est en effet en France un colosse aux pieds d’argile. Un colosse, car elle représente plus de 57 % de la richesse nationale, car c’est encore vers elle que tous se tournent lorsqu’ils se trouvent dans la difficulté.

Mais ce « Léviathan » subit aujourd’hui une crise profonde. Une crise de moyens durable ! Une crise de résultats manifeste. Une crise de temporalité aussi dans la mesure où une administration encore trop verticale n’est plus aujourd’hui au même rythme que la plupart de nos concitoyens.

C’est donc en l’articulant mieux avec nos territoires et en donnant ainsi tout son sens à la décentralisation, que l’on pourra faire des économies d’échelle en permettant à l’État de se concentrer sur ses missions principales et aux collectivités locales de mener les politiques de proximité. De ce point de vue, le droit à l’expérimentation pourrait davantage être utilisé.

5- Promouvoir un modèle de croissance inclusif

Il nous faut reconstruire notre économie, il nous faut aussi reconstruire notre système de solidarité. Et il y a urgence ! Car c’est tout un pays qui se sent tiré vers le bas. Ce sont des couches moyennes vivant dans la hantise d’un déclassement, des couches populaires atteintes de plein fouet par le chômage de masse, c’est une augmentation de la précarité, des phénomènes de pauvreté dont témoigne l’explosion du nombre de bénéficiaires du RSA dans notre pays.

Le nouveau modèle de croissance devra donc être un modèle de croissance inclusif, qui donne des chances égales à chacun, quelle que soit son origine sociale, et qui, tout en reconnaissant les différences liées au mérite, garantisse l’accès de tous aux droits fondamentaux. Il s’agit de construire une égalité réelle, en combattant, dans un même mouvement, les inégalités de chances et les inégalités de conditions, les inégalités a priori et les inégalités a posteriori.

5.1 Résorber la fracture sociale en luttant contre la fracture spatiale

Car les inégalités les plus vives ne sont pas là où on voulait bien les penser.

On a beaucoup évoqué ces derniers mois la fracture entre l’urbain et le rural et les difficultés dans lesquelles se trouvaient ces derniers territoires. Mais difficulté de développement ne veut pas dire forcément pauvreté des habitants. S’il est une urgence, c’est celle de trouver, sur le plan institutionnel, les moyens d’y maintenir une économie. Et nous venons de souligner la nécessité pour cela de renforcer la capacité d’action des conseils départementaux.

On a plus récemment parlé d’une certaine désespérance de la « France périphérique ». Celle-ci connaît, il est vrai, des problèmes profonds. Éloignement des centres urbains et donc des lieux de travail, dégradation d’un tissu pavillonnaire qui en 20 ans a parfois beaucoup vieilli et se retrouve inadapté sur le plan thermique, avec pour celles et ceux qui l’habitent un effet double peine, lorsque le coût du pétrole est au plus haut.
Situés la plupart du temps dans de petites intercommunalités qui n’ont pas la taille critique, ces territoires sont en outre moins bien dotés en services publics que les villes. Il y a quelquefois loin du rêve pavillonnaire à la réalité.

L’essentiel des problématiques sociales - chômage de masse et progression de la pauvreté-est pourtant ailleurs. Il est dans nos villes et même, surtout, dans nos très grandes villes où se trouvent ces zones urbaines sensibles où le chômage est souvent supérieur à 20%, où le taux de chômage des jeunes est de plus de 40%, où le taux de pauvreté atteint 36% soit trois fois la moyenne nationale, avec au total un revenu fiscal deux fois inférieur à la moyenne.

C’est une partie de cette réalité-là qui nous a rattrapés dans les premiers jours de l’année.

Le premier enjeu pour résoudre la fracture sociale que connaît notre pays est donc de résoudre cette fracture spatiale qui marque si profondément nos villes.

On n’y parviendra pas par des politiques développées au seul niveau des quartiers ni même d’une commune mais dans des stratégies globales qui articulent ville-centre et périphérie. C’est pour cela qu’en Ile de France, il est impératif de réussir le Grand Paris.

5.2 Concrétiser l’égalité des chances en recréant de la mixité sociale

Dans nos territoires urbains - et quoiqu’on ait pu en dire - il faut retrouver cette mixité sociale qui par delà les différences de richesse, caractérisait la ville d’hier.

Aujourd’hui un double modèle marque en effet nos grandes agglomérations. Un centre riche et prospère avec des banlieues qui se paupérisent et se ghettoïsent. Ou bien dans certaines villes le contraire : un cœur de ville que fuient les habitants les plus riches et même, dès qu’elles le peuvent, les couches moyennes. Ce sont ces fractures-là qu’il nous faut résorber. Et ce n’est évidemment pas facile.

Le premier obstacle est bien évidemment le prix du foncier et de l’immobilier qui crée une véritable sélection entre catégories sociales. Mais il y a plus. Il y a cette tendance naturelle de nos sociétés à cultiver l’entre-soi. Un entre-soi qui ne concerne pas simplement les couches supérieures de la société, mais aussi les plus défavorisées, celles qui sont en particulier issues de l’immigration et développent en se réunissant dans les mêmes quartiers, des réseaux de solidarité liés à leurs pays, à leur ville ou à leur village. Attention de ne pas renforcer ce mouvement dans l’usage qui pourrait être fait de l’application d’un Droit Au Logement Opposable qui mettrait les plus pauvres avec les plus pauvres.

On le voit bien, on vit de plus en plus côte à côte et non plus tous ensemble. Pas étonnant dès lors que la fracture sociale se double d’une fracture culturelle ! Nous n’avons pas les mêmes modes de pensée, quelquefois pas les mêmes religions et surtout pas les mêmes modes de vie.

Le seul creuset qui pourrait être commun est l’école. Si ce n’est qu’en dehors des personnels enseignants, l’école est à l’image du quartier. Comment pourrait-on demander aux seuls enseignants, qui sont souvent d’ailleurs dans ces quartiers les plus jeunes, les moins expérimentés, de colmater à eux seuls des failles qui sont celles de toute notre société ? S’il fallait donc choisir une seule priorité, ce serait celle des politiques urbaines, non pour refaire des murs, pour couler du béton, mais pour mettre en mouvement une société figée.

5.3 Faire de l’accès au logement un droit réel

Évidemment de telles politiques urbaines supposent de pouvoir construire. Il faut construire au cœur des villes, y compris au cœur de notre capitale où la verticalité est une réponse à la densité d’occupation au sol. Il faut aussi penser désormais la ville multipolaire, dans toutes ses mobilités, dans sa multifonctionnalité, dans l’égale qualité des espaces publics.

Construire ! Encore faut-il que les politiques du logement soient en concordance avec les réalités économiques ou sociales. On peut avec les meilleures intentions aboutir dans ce domaine aux pires résultats. On le constate en ce moment. Il est heureux qu’on ait finalement tiré les leçons de l’expérience et relancé véritablement la politique du logement. Pour tous ceux qui voudraient savoir à quoi peut conduire une politique du logement administré, on peut conseiller de voir la belle comédie musicale de Dimitri CHOSTAKOVITCH « Moscou quartier des cerises ». Ils verront comment dans la vraie vie, chacun met en place des stratégies de contournement quand dans ce domaine on croit pouvoir tout encadrer par la loi.


5.4 Décentraliser notre système de santé

Il nous faut également réformer notre système de santé. Un système qui doit être repensé pour être préservé. Les socialistes, qui ont toujours porté le projet d’une République sociale, ont été à l’origine de grandes avancées en ce domaine. La dernière, sous l’égide de Lionel Jospin, a été la création de la Couverture Maladie Universelle.

Pourtant, le modèle français est aujourd’hui menacé.

Sur le plan financier, il doit faire face à une dette (180 milliards d’euros) et à un déficit abyssaux (7,3 milliards d’euros en 2014).

Sur le plan philosophique, il n’a cessé d’être remis en cause par la droite : on constate ainsi qu’en dehors des affections longue durée, le reste à charge des ménages est de plus en plus important, et qu’un Français sur trois a déjà renoncé à se soigner faute d’argent.

La situation des finances publiques et sociales comme la nécessité de ne pas alourdir le coût du travail nous contraint, si l’on veut étendre l’accès aux soins, à réformer profondément le système.

Les recettes sont connues. Il s’agit d’abord de renforcer la prévention, pour permettre à tous dès le plus jeune âge de constituer leur capital santé, et d’éviter le déclenchement de nombre de maladies. Il importe également de réduire les frais de gestion, exceptionnellement élevés du fait d’un éparpillement des différentes caisses. Il est enfin nécessaire d’aller dans le sens d’une gestion unifiée mais décentralisée de l’offre de soins qui permettrait de garantir pour tous les territoires un accès aux soins.

Cette organisation plus décentralisée sera un atout pour faire face au défi du vieillissement de la population. Le nombre de plus de 85 ans devrait tripler d’ici 2050 passant de 1,4 million à 4,8 millions. Pour qu’il n’y ait pas une augmentation concomitante de la dépendance, et éviter une explosion des coûts il nous faut donc dès aujourd’hui mettre l’accent sur de vraies politiques de préventions, d’aménagement du logement comme celui de nos villes. C’est cela qui permettra un maintien au domicile le plus longtemps possible. Les nouvelles technologies vont nous y aider bien sûr mais nous devons aussi faire en sorte de former une main d’œuvre plus qualifiée et de valoriser des emplois qui vont devenir de plus en plus importants dans notre société.


6- Accueillir… pour offrir un avenir ! Réaffirmer la République

6.1. Affirmer la laïcité comme garantie de la liberté de la conscience

La France a une grande tradition d’accueil. Mais hélas, on le voit, nos politiques d’intégration sont profondément défaillantes.

Car il ne suffit pas d’accueillir, il faut pouvoir offrir un avenir, avec ce qui en constitue la base, un logement, une éducation et un emploi. Ce devrait être là la promesse républicaine à laquelle nous devons nous engager si nous ne voulons pas que s’accroissent les divisions et les incompréhensions dans notre société.

Force est de constater que tel n’est pas le cas.

En matière d’intégration, la France n’est pas hélas ce creuset dont les États-Unis - malgré toutes leurs limites - fournissent souvent l’exemple.
L’intégration, dans notre société, doit être économique. Et il est intolérable que le chômage touche si durement tous ces enfants issus de l’immigration, français évidemment, de parents français et dont les grands-parents même étaient aussi français.

L’intégration doit être aussi sociale. Et le droit au logement ne peut pas être qu’un droit formel.

Cette intégration doit se fonder enfin sur un partage des valeurs et des principes qui sont ceux de la République. Et l’un des plus fondamentaux est cette laïcité qu’Aristide Briand avait définie à l’Assemblée Nationale lors des débats de 1905 comme « la liberté de conscience et d’ouverture à toutes les religions ». Celles-ci ont donc toutes également leur place sur notre territoire. Elles doivent toutes être l’objet du même respect de la part des pouvoirs publics. A une condition : qu’aucune ne veuille imposer à tous son point de vue et ses modes de vie. C’est pour cela que nous continuons à penser que cette laïcité est encore aujourd’hui le plus ferme garant des libertés de chacun.

Elle repose en effet sur trois principes essentiels : la liberté de conscience, la séparation des pouvoirs politiques et religieux, et l’égalité de tous les citoyens quelles que soient leurs croyances et leurs convictions. La laïcité est donc juste équilibre entre la défense de la liberté individuelle et absolue de conscience et la régulation, dans la sphère publique, de l’expression des croyances.

Ce message-là, il nous vient de loin, il est l’héritage contemporain des philosophes du XVIIIème siècle, de cet esprit des Lumières qui irrigue encore aujourd’hui la culture française. Il doit être défendu. Plus, il doit être promu.

Car c’est celui qui était au cœur des grands rassemblements du 11 janvier dernier, quand les Français se sont mobilisés pour défendre les libertés contre les dérives du fanatisme et l’obscurantisme. Pour dire qu’ils étaient une seule et même nation unie autour des valeurs qui forment la devise de la République « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Il est vrai que nous sommes divers. Dans nos origines ! Dans nos convictions ! Dans nos options philosophies ou religieuses. Mais si notre passé nous différencie, notre avenir doit pouvoir nous rassembler.

6.2. Face à tous les discours de haine, rendre vivante la promesse républicaine.

C’est pourquoi on nous trouvera toujours opposés à tous les discours de haine. Ceux bien sûr qui, -sur les réseaux sociaux-, sur scène ou dans les quartiers, peuvent conduire à faire même sournoisement l’apologie du terrorisme.

C’est pourquoi on nous trouvera toujours opposés aussi à ceux qui veulent diviser les Français, les opposer en fonction des origines ou des religions.

Nous venons de commémorer le 70ème anniversaire de la libération des camps. L’Histoire nous a appris comment commencent les discours antisémites, racistes, xénophobes. Elle nous a appris aussi hélas qu’ils ont alors abouti à la pire inhumanité.

Nous serons donc toujours au rendez-vous de la République pour dénoncer le discours de l’extrême-droite, quand bien même fut-il caché sous une communication plus habile, se parerait-il d’une prétention sociale. Car, on s’en souvient, c’est sous un langage social, c’est en prétendant représenter le peuple, que le nazisme a commencé à prospérer. Qui peut prétendre que l’extrême-droite a changé et que confier demain le sort de notre pays à ses représentants serait pour chacun de nous sans danger ?

Le danger du Front National, il faut bien sûr le dénoncer. Mais ce n’est que si nous sommes capables d’apporter une vraie réponse aux problèmes qui sont ceux de notre société, que nous le ferons vraiment reculer.

La réponse est d’ordre économique, et c’est tout le sens de notre contribution.

Elle doit être aussi sociale : c’est parce que notre société se fracture provoquant chez beaucoup une inquiétude grandissante que le Front National est devenu aussi puissant.

Ce sont donc ces fractures qu’il nous faut résorber. C’est pour cela qu’il nous faut savoir davantage intégrer.

L’intégration de chacune et de chacun dans notre nation : c’est la promesse républicaine. Elle ne saurait évidemment être une promesse universelle sauf à ne plus pouvoir s’appliquer.

6.3. Assurer la sécurité intérieure comme extérieure.

Nous devons donc agir en conséquence.

On ne peut pas laisser se dévoyer un droit d’asile qui est au cœur même des valeurs que nous avons toujours défendues et que nous devons continuer à défendre.

Si nous devons donc protéger l’immigration légale, nous devons combattre avec la plus extrême rigueur les filières clandestines dont l’action met en péril l’équilibre de tant de nos quartiers.

Parce qu’ils savent que c’est là une préoccupation majeure de nos concitoyens, les socialistes ne doivent non plus tenir de discours angélique en matière de sécurité intérieure comme en matière de sécurité extérieure.

Le Président, le Premier Ministre, le Ministre de l’Intérieur, ont, dans une situation exceptionnelle, fait preuve d’un esprit de décision et d’une fermeté exceptionnelle. Ils ont été plébiscités par les Français. Ils sont de la même manière suivis quand ils engagent notre pays pour défendre au Sahel et en Afrique, le droit pour chacun à vivre avec sa religion et sa culture défendant ainsi un droit fondamental de l’humanité.

Au quotidien, c’est de la même fermeté, de la même volonté que tous les socialistes doivent faire preuve, ils seront alors largement compris et suivis par les Français.

Au plan de la sécurité intérieure, tous les élus locaux savent bien que la première des libertés à assurer à nos concitoyens et d’abord à ceux qui sont les plus faibles, les plus fragiles, est de garantir la tranquillité publique, la liberté de prendre les transports, d’aller à son travail, à son école, sans craindre des actes de violence, la liberté de rentrer le soir dans l’entrée de son immeuble sans être importuné par les incivilités.
Au plan extérieur, nous soutenons évidemment l’engagement de la France pour défendre partout la liberté, une certaine conception des droits de l’homme, une certaine forme de civilisation.

Mais en même temps, il nous faut montrer que nous savons comprendre des histoires et des cultures, qui, dans le monde, sont différentes.

6.4. Bâtir, au-delà de la diversité des cultures, un humanisme du XXIème siècle

Reconnaître la diversité des civilisations, s’inspirer du passé pour mieux savoir inventer l’avenir, prendre en compte le désir de transcendance qui est inné chez l’homme, c’est toute l’essence de la culture. Oui, nous le savons, l’homme ne se réduit pas à sa dimension ethnique, économique, écologique. Il a, par son esprit, par les passions qui l’animent, une volonté de se dépasser. L’homme ne vise pas seulement à l’utile, il aspire à la beauté. C’est pour cela que nous pensons encore et encore que la création doit être au cœur de toutes nos politiques. C’est pour cela que nous sommes si attachés à maintenir, malgré la crise, une culture vivante et rayonnante dans notre pays. C’est pour cela que nous devons prendre garde à ce que la concordance de l’assèchement des finances des collectivités locales et des restrictions budgétaires ne vienne par la remettre en cause. La création est essentielle parce qu’elle permet de capter et d’exprimer toutes les sensibilités, qu’elle permet de les intégrer et de les sublimer dans l’art.

7- Rénover le Parti socialiste pour transformer la France

A l’issue des États Généraux, la direction nationale a fait des propositions pour faire entrer notre parti dans le XXIème siècle. Nous saluons ce travail, et soutenons l’ambitieux objectif des 500 000 adhérents. Le préalable pour l’atteindre, c’est que notre parti redevienne le parti de la pensée. Dans la tradition gramscienne, nous soutenons que la bataille des idées est première. Et nous pensons qu’une des raisons qui peuvent expliquer les hésitations du début du quinquennat a été le déficit de réflexion sur le projet que nous souhaitions porter.

Il faut débattre. Non pas débattre simplement entre nous mais nous ouvrir largement aux intellectuels, écrivains, philosophes, économistes, sociologues, artistes. Chacun à sa manière interroge notre monde. Et nous avons grand tort de nous passer de leur vision. Elle donnerait du souffle à la pensée de notre parti.

Il faut débattre. Mais il faut ensuite avoir une ligne claire. Ne pas rester dans une ambiguïté permanente. Car un parti doit mettre sa réflexion au service de l’action.

Pour cela, nous devons pouvoir nous immerger dans la société, être non pas à part mais proches des gens et de leurs préoccupations, proches aussi de leur action. Comment ne pas voir que dans les réseaux de jeunes créateurs, dans le tissu de tous ces militants qui animent les différentes faces de notre vie associative, il y a de l’énergie, il y a de l’enthousiasme, il y a de la passion dont nous devrions nous inspirer ?

Il est grand temps de repenser notre organisation pour répondre à cette double exigence.

7.1 Redevenir le parti de la pensée et définir une ligne claire

Pour comprendre le nouveau monde dans lequel nous évoluons, très mouvant et en même temps porteur de perspectives, le Parti socialiste doit s’ouvrir sur la société. Souvenons-nous de l’émergence des clubs, dans les années 1960 - 1970 : ils avaient été le terreau d’une vraie effervescence. Nous devons renouveler nos pratiques, en créant des workshops, regroupant économistes, intellectuels, think tank, monde associatif, syndicats, société civile, sympathisants autour d’une thématique. Véritables coopératives du projet, ces workshops seraient le support du projet présidentiel que nous présenterons aux Français en 2017. Nous proposons que, dès l’issue du Congrès, un calendrier précis d’élaboration de celui-ci soit publié. Il devra commencer par un bilan de l’action qui a été la nôtre depuis 2012. Il nous faudra ensuite trouver les moyens de mobiliser la société dans ces coopératives du projet. L’ensemble de ces débats sera conclu par une série de conventions thématiques en région, durant lesquelles les socialistes pourront arrêter des positions claires.

7.2 Un parti décentralisé, un parti proche de ses militants

Pour nous, la reconquête idéologique va de pair avec celle des territoires. Pour l’une comme pour l’autre, nous pensons qu’une décentralisation accrue est nécessaire. Réformes Deferre en 1982, loi Voynet en 1999, lois Lebranchu récemment : le Parti socialiste est le parti de la décentralisation. Il doit aussi devenir un parti qui est, lui-même, décentralisé.

Dans cette perspective, nous proposons de calquer l’organisation du parti sur le cadre de ces grandes régions que nous venons de créer. Chaque année, les fédérations régionales définiraient avec la direction nationale un accord cadre, fixant, pour chacune d’entre-elles, un certain nombre d’objectifs. A lui, ensuite, de s’organiser pour les atteindre.

Afin de faire en sorte que le Bureau national soit représentatif de notre parti, nous préconisons qu’il soit composé de dirigeants élus dans ces comités régionaux.

Enfin, parce que nous croyons en l’intelligence des territoires et aux remontées venues du terrain, nous proposons que soit créé, en lien avec la FNESER, un observatoire des bonnes pratiques de nos collectivités, afin de promouvoir le modèle du socialisme municipal, départemental et régional.

7.3 Le PS digital

Transports, communication, gestion de l’énergie : la révolution numérique engendre des mutations considérables dans tous les aspects de la vie humaine. Elle ouvre aussi les possibles pour les partis politiques. Nous devons inventer le Parti socialiste numérique.

Il s’agit d’utiliser toujours plus les technologies numériques pour démultiplier le militantisme, à travers des outils comme les réseaux sociaux. Le Parti socialiste peut aussi gagner en démocratie, en développant des consultations des militants par voie électronique sur des thématiques d’actualité. Enfin, un centre de ressources numériques pourra faciliter l’action des secrétaires de section, en mettant à disposition des supports utilisables lors de leurs réunions.

7.4 Le parti de masse et le fonctionnement interne du PS

Rémi Lefebvre et Frédéric Stawicki l’ont montré : le Parti socialiste risque de devenir un parti d’élus ne regroupant que ces derniers, leurs collaborateurs, et ceux qui aspirent à le devenir. Entre-soi, étanchéité aux tendances émergentes, sclérose : pour toute organisation politique, une telle situation est dramatique. Nous pensons qu’il faut ouvrir grand les fenêtres ! D’abord en généralisant la primo-adhésion à 20 euros, qui a fait ses preuves et en réduisant globalement le coût des adhésions à travers l’adoption d’une grille nationale. Ensuite en orchestrant une campagne d’adhésion massive. Appuyons-nous pour cela sur le réseau de sympathisants constitué lors des primaires citoyennes, valorisons les progrès que nous avons pu obtenir. Il nous faut aussi investir toutes les organisations sociales. Dans les universités, les entreprises : créons des sections. Créons, aussi, des sections thématiques déterritorialisées, afin de ne pas se cantonner à l’échelon du quartier qui, à l’heure de la birésidentialité et de la société mobile, n’est pas toujours la forme la plus adaptée. Enfin, initions le mouvement, en généralisant le processus des primaires ouvertes à l’ensemble des élections. Car c’est en donnant du pouvoir aux sympathisants, aux citoyens, que nos idées intéressent et qu’elles peuvent ainsi convaincre.

7.5 Les élus d’aujourd’hui et de demain

Le fossé qui ne cesse de grandir entre les élus et les citoyens doit nous interroger. Il y a bien sûr une problématique liée aux résultats et à la lisibilité de l’action : on a nécessairement moins confiance quand on a le sentiment que la politique est impuissante. Pourtant, il semble que la fracture soit plus profonde encore, qu’elle tienne à un sentiment d’inadéquation entre le peuple, toujours plus divers, et sa représentation, qui, quels que soient les indicateurs (sexe, âge, profession, origine) apparaît en décalage avec la société.

Il est donc de la responsabilité des partis politiques, et notamment des socialistes, de faire émerger des élus à l’image de la société. Dans cette perspective, nous proposons de donner aux comités régionaux la charge de garantir l’émergence de jeunes élus, représentatifs de la France telle qu’elle est actuellement. Pour favoriser la reconquête des territoires, nous souhaitons que soit créé un cycle de formation destiné aux jeunes cadres du PS élus d’opposition dans leurs communes. Ainsi pourront-ils s’implanter plus rapidement. Le contexte de défiance qui marque notre pays appelle l’exemplarité. La tolérance zéro doit donc être appliquée pour les élus condamnés pour fraude ou corruption. Tout cela, bien sûr, ne pourra se réaliser sans la mise en place d’un vrai statut d’élus garantissant à ces derniers une juste indemnité pour leur implication, un retour à la vie professionnelle ainsi que des droits à la retraite et à la protection sociale.

Conclusion

Nous ne devons pas rester figés sur les vieux dogmes ou les idées que le changement du monde a périmés. Il nous faut inventer un socialisme aux couleurs de notre société.

Bien sûr, ce sont toujours les mêmes valeurs que nous portons, celle de solidarité, celle de générosité, une attention aux plus fragiles. Mais ces valeurs risqueraient de n’être que des mots si nous sommes incapables de les inscrire dans la réalité d’aujourd’hui, de dire comment, dans les faits, nous pouvons réenchanter le monde. Le monde d’aujourd’hui, comme celui de demain !

C’est à cette condition que nous rassemblerons les Français. Non sur des illusions qui hélas se dissipent très vite. Mais sur un vrai projet susceptible d’unifier à nouveau une société aujourd’hui si fragmentée.

Nous devons donc aller de l’avant, mener à bien les réformes nécessaires au redressement de notre pays. Oui, nous voulons redonner un sens nouveau au mot « réforme ». Faire qu’à nouveau il soit pour les Français synonyme d’amélioration dans leur vie quotidienne. Il n’y a pas pour nous une séparation entre les grandes idées, les grands principes et les actions concrètes qui font bouger, au jour le jour, la réalité de notre société. Il nous faut toujours changer la vie. Ce ne doit pas être seulement dans le verbe, mais dans l’action.

Renan écrivait « la nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de la vie ». A nous de savoir gagner ce plébiscite. Nous avons deux ans pour le faire. Pour cela, notre ligne se doit d’être claire et notre volonté d’action constante.

C’est cette perspective-là qui doit guider le Parti socialiste. Oui, ensemble, toujours, nous devons savoir « inventer l’avenir ».