Motion a

Motion A : « Défendre la République »

Nous passons beaucoup de temps à parler d’économie – c’est nécessaire – et pas suffisamment à analyser les rapports de forces politiques et idéologiques dans notre pays – alors qu’ils sont fondamentaux.

Notre Congrès de Poitiers est un moment de clarification, c’est-à-dire de construction. Pour nous, se dire les choses, ce n’est pas insister sur celles qui fâchent, c’est surtout aborder celles qui comptent.

Au cours des deux dernières décennies, nous sommes parfois passés à côté de l’essentiel, manquant trop souvent de voir l’évidence. Ainsi, nous n’avons pas tout de suite compris que la désaffection politique de nos concitoyens avait aussi des causes… politiques. Nous passons beaucoup de temps à parler d’économie – c’est nécessaire – et pas suffisamment à analyser les rapports de forces politiques et idéologiques dans notre pays – alors qu’ils sont fondamentaux.

La réalité politique, quelle est-elle ? Jamais depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les idées réactionnaires n’ont trouvé autant d’écho en Europe. Des partis et leurs leaders opèrent la jonction de la xénophobie, du souverainisme et du conservatisme. Il faut le dire, notre 77ème congrès se déroule dans un contexte historique inédit. Ne pas en prendre l’exacte mesure nous ferait tous passer à côté de ce congrès et de nos responsabilités de socialistes, de progressistes, d’internationalistes.

La France n’est pas un ilot préservé de cette tendance. Il ne s’agit pas de se faire peur mais de prendre de la hauteur. L’enjeu de notre congrès va bien au-delà du renouvellement de nos instances : il interroge les conditions mêmes de notre existence en tant que force de progrès au service des Français et de la République.

Oui – nous en avons fait le constat dans nos Etats généraux –, la République est menacée par un bloc réactionnaire qui s’affirme, constitué par l’extrême droite mais aussi par une partie extrémisée de la droite. Tous ceux qui sont différents, pensent ou croient autrement se voient stigmatisés. Messieurs Sarkozy, Estrosi, Wauquiez et les membres du Front national rivalisent désormais au quotidien pour trouver une polémique qui divise.

Lutter contre le bloc réactionnaire, c’est aussi dénoncer sans relâche l’hypocrisie de la droite sarkozyste qui veut s’appeler « les Républicains » alors qu’elle reprend les éléments de langage de l’extrême droite et qu’avec son « ni-ni », elle met notre formation à égalité avec le FN. A nous de dénoncer le vernis républicain d’une formation politique en voie de radicalisation.

Malheureusement, la République ne doit pas seulement faire face au bloc réactionnaire, elle doit aussi affronter le choc terroriste, qui percute et percutera encore longtemps l’ensemble des sociétés occidentales.

En janvier dernier, notre République a connu des attaques d’une violence sans pareille. Le terrorisme fondamentaliste a visé notre liberté et a cherché à nous diviser. Peuple de citoyens, nous avons défendu la liberté avec les armes de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité. Unis, nous avons montré le 11 janvier le visage d’une France soudée, donnant corps à un esprit républicain revivifié.

Pour ne rien manquer de la gravité du moment politique que nous traversons, ne passons pas ici sous silence le fait que même cet esprit du 11 janvier n’est pas non plus épargné. Il est la cible d’une attaque mal placée de la part d’un intellectuel mal inspiré, usant d’un langage orwellien qui inverse les valeurs, faisant passer l’unité pour la division et la liberté pour l’oppression.

Oui, l’heure est grave et plus grave encore serait de ne pas voir cela, tout cela, ajoutant la confusion au danger et retardant le moment du sursaut vital de la gauche et des progressistes.

Alors que les tenants du bloc réactionnaire agitent leur chiffon du « grand remplacement », les fondamentalistes salafistes en appellent à la « grande séparation » des « vrais » musulmans d’avec la République. Face à cette double menace inédite, il nous revient d’affirmer le chemin de la République laïque et sociale. Il nous revient d’organiser l’offensive républicaine et de nous battre tout à la fois contre les inégalités et pour le développement économique et écologique, contre le bloc réactionnaire et pour le rassemblement de la gauche et des forces de progrès.

Faire vivre la République, c’est en effet lutter contre les inégalités réelles qui la rongent de l’intérieur. C’est pourquoi notre motion veut faire de l’égalité le fil d’Ariane de notre action à travers dix chantiers ambitieux et généreux, concrets et précis. Ils s’accompagnent de chantiers pour la citoyenneté afin de combattre ce qui affaiblit le vivre ensemble et pour faire vivre la laïcité au quotidien.

Pour être efficace sur tous ces fronts, le Parti socialiste se doit de faire de l’unification des forces de gauche et des écologistes au sein d’une « belle alliance » sa priorité politique numéro un. En mobilisant les partis, mais aussi la société civile et les citoyens. Oui, le réarmement idéologique et l’union de la gauche sont une urgente nécessité. Cet enjeu est la question stratégique du congrès et notre motion A l’inscrit au cœur du débat militant.

Ainsi, il faut le plus grand rassemblement possible pour défendre la République. Si notre motion y insiste autant, c’est que le danger n’a jamais été aussi grand. Disons les choses jusqu’au bout : avec un parti socialiste déstabilisé et une gauche divisée, la République serait sans défenses.      

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